Des tombes païennes de la Flotte en Ré découvertes en 2024 pourraient changer la donne

En 2024, lors d’une opération immobilière à la Flotte en Ré, les promoteurs sont tombés sur un cimetière médiéval. La fouille dirigée par Annie Bolle, archéologue de l’INRAP, a été menée entre le 3 octobre et 20 décembre 2024, et a mis à jour près de cinquante tombes, dont cinq étaient très surprenantes.

En ce temps-là, les chrétiens étaient ensevelis nus, couchés sur le dos, sans objets. Or, cinq tombes ne correspondaient pas à ce rituel. Le rapport de L’INRAP retient : « Trois individus sont dans une position inhabituelle : l’un est étendu sur le côté gauche et ses membres inférieurs fléchis, l’autre est allongé sur le ventre et le troisième est sur le dos mais ses membres sont repliés et surélevés. Pour les deux derniers, il reste à confirmer si ces positions sont volontaires ou liées à l’effondrement de l’architecture de la tombe. Quoi qu’il en soit ces deux sépultures sortent de la norme puisqu’elles sont orientées la tête au sud-sud-ouest ». Ces tombes étaient accompagnées de mobilier : « Ces inhumations comprennent du mobilier (parures, vêtements ou objets personnels) et dites « habillées » ; elles sont tout à fait exceptionnelles à l’époque carolingienne. Le mobilier comprend deux peignes (en os ou bois de cervidés) dont l’un à décor géométrique trouve des parallèles dans la région frisonne. Des perles en ambre, en verre, en os et en alliage cuivreux sont présentes dans deux sépultures, sous forme de collier ou accompagnant des objets métalliques. Ces perles se rapprochent d’exemplaires bien connus dans l’ensemble du monde nordique où elles sont datées du IXe siècle. Le mobilier métallique comprend plusieurs objets en fer dont un couteau pivotant, modèle déjà identifié dans la moitié sud-est de l’Angleterre. Enfin, une ceinture en alliage cuivreux (et peut-être placage d’argent ?) présente un décor d’entrelacs et évoque le monde anglo-saxon. »

Bien entendu, la prudence est de mise. Mais l’idée qu’il puisse s’agir de Vikings est dans tous les esprits. La Flotte est d’ailleurs un nom scandinave : les Romains et les Francs parlaient de classis et non de flottes, flotti est un mot scandinave. Mais la possibilité viking reste à valider et les archéologues se montrent prudents. Ces individus pourraient aussi être des commerçants, frisons, saxons ou anglo-saxons.

Pour clarifier les choses, des prélèvements ADN ont été effectués et adressés à un laboratoire américain réputé. Il ne reste plus qu’à attendre les résultats.

Si les résultats ne trouvent pas trace d’origine nordique, le mystère s’épaissira.

A contrario, si l’ADN révèle des individus d’origine nordique, cela signifiera seulement que des Scandinaves étaient installés et sont morts sur l’île de Ré où ils vivaient parmi les chrétiens. Il pourrait alors s’agir de commerçants.

Joël Supéry

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